Article publié dans Idéemiam

Alexandre Mahut, caviste à Levallois Perret et Agent au Québec !

Où quand un artisan-caviste se met au service des artisans-vignerons

Est-ce parce qu’il a le physique du joueur de hockey canadien qu’Alexandre Mahut s’est pris d’amour pour ce pays ? Et quand on parle d’amour c’est bien au sens propre comme au sens figuré, puisque son cœur tout entier a été séduit par le Québec, la partie francophone du Canada et ses habitants.

Fraichement marié à une canadienne, Alexandre Mahut, caviste à Levallois Perret, navigue donc entre les deux continents.

En France il est caviste et tient depuis maintenant 6 ans à la cave « Art et Vin » à deux pas de la Mairie de Levallois Perret (il a également une cave à Nîmes) et au Canada il coiffe la casquette d’agent pour les vignerons français de talents.

Pour lui son métier c’est avant tout « amener la bonne bouteille à la bonne personne pour le bon moment »

Mais comment ce jeune homme de 30 ans, à qui tout semble réussir, est-il tombé dans le vin ? Comment a-t-il découvert sa deuxième patrie le Canada et plus particulièrement le Québec et surtout comment arrive t’il à travailler dans ce pays où le commerce du vin est monopole d’Etat ?
Enfin nous découvrirons son point de vue  sur un sujet d’actualité qui fait toujours débat, le vin considéré comme une drogue. Et bien sûr, nous lui demanderons ses derniers coups de cœur gourmands.
Nous avons rencontré Alexandre et avons échangé avec lui par un après-midi d’hiver, quelques temps avant son mariage au Canada, autour d’une bonne bouteille de blanc d’Alsace d’Agathe Bursin.

 

BONJOUR ALEXANDRE, POUVEZ-VOUS NOUS RACONTER COMMENT EST NÉE  VOTRE HISTOIRE D’AMOUR AVEC LE VIN ?

Le vin, je l’ai découvert à ma majorité grâce à mes parents qui étaient des fervents défenseurs du bon gout et des bons vins. Comme nous avons vécu dans différentes régions de France j’ai eu la chance de pouvoir en goûter pas mal, en Champagne, Languedoc, Bourgogne, des régions riches en vins.
J’ai commencé par apprécier les vins de Bordeaux, puis j’ai découvert les vins de Bourgogne. En fait, plus on déguste plus on voit où vont nos goûts et moi aujourd’hui ils  vont plutôt vers la Bourgogne. La Bourgogne, surement le plus qualitatif des terroirs de France.
Je suis allé dans toutes les régions de France à la rencontre des vignerons et j’ai eu la chance d’apprendre les vins avec de grands professionnels, de grands sommeliers.

C’est cet amour pour le vin et ceux qui le font, que j’ai très vite eu  envie de partager, d’où le choix de mon métier.

COMMENT DÉFINISSEZ-VOUS VOTRE MÉTIER?

Je suis plus un collectionneur de souvenirs qu’un collectionneur d’étiquettes et j’aime donc conseiller mes vins à ceux qui boivent pour le plaisir, plutôt qu’à ceux qui n’achètent du vin  que pour le garder dans leur cave, comme des trophées. Il ne faut pas perdre de vue que le vin c’est juste du raisin fermenté. J’aime vendre et conseiller mes vins aux gens quand je suis certain qu’ils auront du plaisir à les boire.

Je suis caviste, pas marchand de vin, je conseille, j’aiguille mes clients et pour les franciliens qui manquent souvent de place je propose de stocker leurs vins. Je créé aussi des caves pour les particuliers. Les gens viennent chez nous pour les conseils.
En fait, quand on me pose cette question je réponds souvent que pour moi mon métier de caviste c’est, amener les bonnes bouteilles à la bonne personne pour le bon moment !

COMMENT SÉLECTIONNEZ-VOUS LES VINS QUE VOUS PROPOSEZ À LA VENTE ?

Je propose 600 références de vins de 300 vignerons. Je les connais tous, je suis allé les voir sur place et je les suis vraiment.
Ce que j’aime avant tout, c’est quand le vin me fait penser au terroir sur lequel il a grandit. Si je bois un Sancerre, le côté minéral a un sens, alors qu’un vin mondialisé ne correspond à aucun terroir. Quand vous respectez le terroir, je pense que vous respectez aussi la terre qui vous offre ce vin.
Pour trouver les bons vignerons le mieux c’est d’aller sur place. J’adore aller les voir juste après les vendanges. J’aime aussi ce métier pour être dans les vignes et dans les chais, pour ces rencontres avec ces vignerons passionnés.
Parfois ce sont les vignerons qui viennent à nous. J’ai dans ce cas des critères basiques, comme leur philosophie, le goût de leur vin bien sûr et aussi qu’ils ne vendent pas leurs vins à la grande distribution. Pourquoi ? Tout simplement parce que côté prix un caviste ne peut pas rivaliser avec une grande surface et surtout je ne vois pas l’intérêt pour un client de venir chez nous si c’est pour retrouver les mêmes vins que dans son supermarché.

VOUS AVEZ DÉMARRÉ UNE NOUVELLE ACTIVITÉ AU CANADA, POUVEZ-VOUS NOUS EN DIRE UN PEU PLUS ?

Depuis un peu plus d’un an j’ai effectivement créé au Québec une agence d’importation privée de vin.
A la base, j’ai eu un véritable coup de cœur pour le Québec. J’avais 16 ans quand je l’ai découvert et c’est un endroit qui m’avait beaucoup marqué. J’y suis retourné et j’y ai rencontré le grand amour, ma future femme qui est sommelière.
Je connais bien ce pays et ses règles, les Canadiens ont une véritable culture du vin, ils en sont amateurs et apprécient tout particulièrement le vin français. Le problème pour les vignerons français c’est la complexité des démarches à entreprendre pour réussir à s’introduire sur ce marché qui est un monopole d’état. Au Québec, il n’y a pas de cavistes comme en France. Pour acheter des vins, particuliers ou professionnels, doivent se rendre dans un des 400 magasins SAQ (société des alcools du Québec). Donc pour être présent sur ce marché vous devez obligatoirement passer par eux, ils gèrent tout et c’est assez compliqué, surtout pour le paiement.  Mais je reste persuadé que c’est un vrai marché porteur et demandeur pour les vignerons français, mon rôle est donc de les représenter.

VOUS PARLEZ DE CULTURE DU VIN, MAIS LE CANADA EST-IL UN PAYS PRODUCTEUR?

Oui ils produisent des vins, ils ont des cépages Bordelais dans la région de Vancouver ou des cépages bourguignons en Ontario, au Québec ils ont des cépages hybrides de Vitis Vinifera, nés de croisements pour résister aux conditions extrêmes. Ils produisent des vins de glaces. Ce sont des vins produits avec des raisins récoltés la nuit à -15 degrés. Ils les ramassent congelés et quand ils les pressent il y a moins d’eau. Les rendements sont donc faibles à raison de 10 hectolitre à l’hectare.

EN FRANCE LE VIN EST RÉGULIÈREMENT ATTAQUÉ ET CERTAINS VOUDRAIENT MÊME QU’ILS SOIENT REQUALIFIÉ EN DROGUE, QU’EN PENSEZ-VOUS ?

On fait un amalgame entre drogue et vin mais c’est une erreur. Plutôt que de le condamner il faut surtout éduquer les jeunes. Il faut faire la part des choses entre le vin et les alcools forts. La demande existe, j’ai beaucoup de jeunes de moins de 30 ans qui viennent me voir pour mieux comprendre les vins et je leur donne des cours. Le vin peut être un milieu impressionnant, il faut juste le dédramatiser et décomplexer les jeunes face au vin.
Quand j’entends ça, je me dis qu’il n’y a qu’en France qu’on soit aussi peu fiers de notre terroir qui pourtant fait l’admiration des autres pays.

POUVEZ-VOUS NOUS PARLER DE VOS DERNIERS COUPS DE CŒURS GOURMANDS ?

Je suis un épicurien et bien sûr j’adore bien manger. Quand je choisi un restaurant je le choisis aussi en fonction de sa carte des vins. Quand je mange un bon plat il faut que je boive un bon vin !
A Paris j’aime me rendre au restaurant Les Crocs de l’ogre avenue Bosquet dans le 7ème, le Petit Sommelier vers Montparnasse et chez Septime rue de Charonne.
Quand je veux manger un bon morceau de viande je vais chez le célèbre boucher d’Asnières, Yves-Marie le Bourdonnec et pour un beau plateau de fromages j’aime ceux affinés par Laurent Dubois, rue de Lourmel dans le 15ème. Enfin, mon péché mignon pour clôturer en beauté un repas est un bon cigare de chez Art Tabac, 2 place de Catalogne (Paris 14), qui propose un des plus beaux choix de cigares de Paris.
Au Québec je vous recommande le restaurant Le Patriarche, c’est dans ces lieux qu’officie ma future épouse en tant que sommelière.

 

Article publié dans le Guide des cavistes

Alexandre Mahut

Article rédigé par Alexandre Mahut pour Artinfo France (Groupe Louise Blouin Média)

Artinfo Alexandre Mahut